Pourquoi l’introduction du numérique à l’école génère-t-elle tant de fantasmes ?

En tant que parent membre d’une association de parents d’élèves, je participais la semaine dernière, pour la première fois de ma vie, à un conseil d’école. Au programme des échanges, il y avait notamment la diffusion prochaine de tablettes au sein des classes de cet établissement. Et force est de constater que les réflexions ont été bon train, entre les partisans de l’usage de ces nouvelles technologies et les personnes plus récalcitrantes. Un échantillon grandeur nature des débats qui divisent à la fois la communauté des enseignants et celle des parents.

Force est de constater que, ces dernières années, le numérique a pris davantage de place dans l’enceinte de l’école. En développant l’usage des nouvelles technologies en classe, l’éducation nationale semble vouloir à la fois combler le retard de la France et lutter contre l’échec scolaire. Mais dans le même temps, force est d’observer la difficulté à appliquer les différents plans pour le numérique à l’école. Les outils numériques actuels permettent-ils réellement à l’école de progresser ? Quelles conditions devraient être remplies pour y parvenir ?

Récemment, dans le cadre des mardis des Bernardins, j’avais le plaisir de débattre de ce que le numérique peut ou ne peut pas apporter à l’école, grâce aux éclairages de trois invités. Parmi eux, Jean-Michel Fourgous. Il a fait d’Elancourt, la ville dont il est maire, une sorte de laboratoire de recherche en déployant très largement les outils numériques, une initiative à laquelle les profs et plus encore les élèves ont très vite adhéré. Chargé en 2010 de la mission parlementaire auprès de Luc Chatel sur la modernisation de l’école par le numérique, il est l’auteur d’un rapport intitulé « Réussir l’école numérique ». Gemma Serrano, enseignante à la Faculté Notre-Dame et Co-directeur de Recherche au sein du Département Sociétés humaines et responsabilité éducative, mais aussi Pierre Giorgoni, spécialiste des nouvelles technologies, ont également apporté leurs points de vue sur ces questions.

Depuis la rentrée, 500 écoles et collèges français sont connectés, suivant ainsi la première étape du plan numérique pour l’éducation avant une généralisation effective qui devrait avoir lieu dès la rentrée prochaine. Précisons que la première tentative de plan numérique date d’il y a 30 ans. C’était en 1985 !!! Nous en sommes aujourd’hui au 12e plan numérique ! Est-ce à dire qu’il n’est pas d’avenir de l’école sans numérique ? Une direction du numérique pour l’éducation (DNE) a même été créée au mois de mars 2014, même si personne n’en connaît l’existence. Pourtant, force est d’observer une relative résistance de l’école, de manière générale peu portée sur les changements en profondeur.

Les partisans d’une école plus « numérique » mettent en avant le fait que cela permet de rétablir une forme d’égalité entre les élèves, qui regagnent aussi confiance en eux. Ils rappellent que les étudiants ne supportent plus d’être en amphi, et aspirent à des méthodes collaboratives et à un usage plus important des réseaux.

Inversement, les détracteurs du projet numérique soulignent que cela n’apporte que peu de choses. Ils se basent sur une étude de l’OCDE, publiée le 15 septembre dernier, selon laquelle les pays où les élèves font un usage modéré de l’ordinateur en classe enregistrent de meilleures performances scolaires. Les auteurs de l’étude précisent qu’inversement, les pays qui ont largement introduit internet sur les bancs de l’école n’ont pas forcément les meilleurs résultats scolaires. Obscurantisme ? Ou constat purement factuel ?

Loin de ce manichéisme, ne serait-il pas plus pertinent de parler de « fracture sociale du numérique » ? Autrement dit, si les enfants issus de milieux défavorisés ont accès au numérique, ont-ils en revanche la même « culture numérique » , la même approche et la même utilisation que ceux issus de milieux plus aisés?

Par ailleurs, il semble que le numérique modifie le rapport élève / enseignant, en matière d’autorité intellectuelle. Les jeunes ont davantage tendance à vérifier sur internet les déclarations de leurs professeurs. Faut-il s’en attrister ? Et pas plutôt se réjouir du développement de l’esprit critique, sachant que le rôle de l’école est aussi d’apprendre à prendre du recul et à devenir responsable ? De plus, si la relation entre profs et élèves se transforme, s’appauvrit-elle pour autant ? Faut-il déplorer qu’une logique d’horizontalité se substitue à la verticalité d’un savoir hiérarchisé ? Enfin, n’y a-t-il beaucoup de fantasmes et d’idées reçues dans les appréhensions de ceux qui s’inquiètent d’une déshumanisation des interactions et de l’éducation dans son ensemble ? Poser ces questions, c’est déjà y répondre 🙂

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